Le protecteur solaire a un paradoxe : il protège ta peau, mais ne doit pas t'inciter à rester plus longtemps au soleil
Pourquoi je vous en parle
Il y a une question sur les protecteurs solaires dont on parle très peu et qu'il me semble important d'expliquer.
Le protecteur solaire est un outil fondamental pour prévenir les dommages causés par le rayonnement ultraviolet. Mais il peut engendrer un faux sentiment de sécurité si l'on pense que, parce qu'on porte un SPF 50, on peut rester des heures sous le soleil.
Et c'est là qu'apparaît un paradoxe très intéressant.
Sans protection solaire, notre comportement change
Imaginez une personne à la peau claire qui, après avoir passé une grande partie de l'année à travailler en intérieur, s'allonge sur une plage en plein été.
Sans protection, selon son phototype, l'indice UV, l'heure et d'autres facteurs, sa peau peut commencer à rougir, puis ressentir une sensation de chaleur, de picotement ou de brûlure.
Que faisons-nous instinctivement ? Nous cherchons de l'ombre. Nous enfilons un t-shirt. Nous nous installons sous un parasol. Nous quittons la plage.
Autrement dit, l'apparition de l'érythème et de la sensation de brûlure modifie notre comportement.
Mais nous devons clarifier quelque chose de fondamental : cette sensation n'est pas un système d'alarme qui nous protège avant que le dommage ne survienne.
Lorsque la peau commence à rougir, des dommages biologiques causés par le rayonnement ultraviolet se sont déjà produits.
Que se passe-t-il lorsque nous utilisons une protection solaire ?
Un bon photoprotecteur diminue considérablement la quantité de rayonnement ultraviolet qui atteint la peau et, grâce notamment à la protection contre les UVB, retarde l'apparition de l'érythème et du coup de soleil.
C'est précisément là une partie de sa fonction protectrice.
Mais il existe une conséquence comportementale potentielle.
Comme nous ne rougissons pas, nous ne ressentons pas de brûlure et qu'apparemment « il ne se passe rien », nous pouvons penser : « Je suis protégé. Je peux rester encore trois heures ».
Et c'est précisément ce raisonnement qu'il faut éviter.
La protection solaire réduit notre exposition effective au rayonnement UV, mais ne l'élimine pas complètement.
Ainsi, si nous utilisons la crème pour prolonger considérablement notre temps d'exposition, nous risquons de perdre une partie du bénéfice que nous recherchions au départ.
L'absence de coup de soleil ne signifie pas l'absence de rayonnement
C'est probablement le message le plus important de cet article.
Ne pas attraper de coup de soleil ne signifie pas que la peau ne reçoit pas de rayonnement.
Aucun photoprotecteur ne bloque 100 % des UV.
De plus, dans les conditions réelles, nous utilisons rarement exactement la quantité employée lors des tests en laboratoire.
Nous transpirons. Nous nous baignons. Nous nous séchons avec la serviette. Nous nous touchons le visage. Nous oublions les oreilles, le cou, le cuir chevelu ou certaines zones du corps. Et bien souvent, nous ne réappliquons pas correctement.
C'est pourquoi un SPF 50 ne devrait jamais s'interpréter comme : « Maintenant je peux rester cinq heures au soleil ».
UVA et UVB : tous les dommages ne produisent pas une brûlure immédiate
Les UVB jouent un rôle particulièrement important dans l'érythème et le coup de soleil.
Les UVA, en revanche, pénètrent plus profondément dans la peau et contribuent au photovieillissement, au stress oxydatif et à la carcinogenèse cutanée sans provoquer nécessairement ce même signal immédiat de brûlure.
C'est précisément pour cette raison que nous devons choisir des photoprotecteurs à large spectre, offrant une bonne protection aussi bien contre les UVB que contre les UVA.
Et cela explique quelque chose de fondamental : nous ne pouvons pas nous fier uniquement à la sensation de notre peau pour décider si l'exposition solaire est sans danger.
Et la lumière visible ?
La lumière visible, notamment certaines longueurs d'onde bleu-violet, peut également contribuer au stress oxydatif et joue un rôle important dans les problèmes de pigmentation tels que le mélasma et l'hyperpigmentation post-inflammatoire.
Chez les patients présentant ces troubles, les protecteurs solaires teintés avec des oxydes de fer peuvent offrir une protection supplémentaire intéressante contre la lumière visible.
Mais nous devons distinguer les concepts : les données probantes reliant directement le rayonnement ultraviolet au cancer cutané sont bien plus solides.
Serait-il donc préférable de ne pas utiliser de crème et de laisser la peau nous avertir ?
Non. Et je veux être très clair sur ce point.
La solution à un faux sentiment de sécurité induit par l'écran solaire n'est pas de supprimer l'écran solaire.
Ce serait comme décider de ne pas porter la ceinture de sécurité pour conduire avec plus de prudence.
La solution consiste à utiliser correctement la protection solaire et à modifier notre comportement face au soleil.
Nous n'avons pas besoin d'attendre d'avoir un coup de soleil pour chercher de l'ombre.
Le bronzage progressif peut-il remplacer la protection solaire ?
Non plus. Le bronzage offre une protection naturelle limitée, mais représente en même temps une réponse de la peau face à l'exposition aux ultraviolets.
Être bronzé ne rend pas notre peau immunisée contre les dommages solaires.
Par conséquent, je ne recommande pas de pratiquer des expositions progressives délibérées simplement pour créer une supposée « crème solaire naturelle ».
Et qu'en est-il de la vitamine D ?
Les UVB interviennent effectivement dans la synthèse cutanée de la vitamine D.
Cependant, nous n'avons pas besoin de brûler ni de nous soumettre à des expositions solaires prolongées pour maintenir un taux de vitamine D adéquat.
Si nous suspectoons un déficit, nous pouvons mesurer la 25-OH-vitamine D par une analyse sanguine et le corriger par l'alimentation ou la supplémentation lorsque cela est nécessaire.
Nous n'utilisons pas une exposition cancérigène comme traitement d'une carence nutritionnelle que nous pouvons corriger de manière bien plus contrôlée.
Ma stratégie de photoprotection
Personnellement, je considère que nous avons commis une erreur en faisant de la crème solaire notre unique stratégie face au soleil.
La photoprotection commence bien avant le flacon de crème.
Lorsque l'indice UV est élevé : cherchez l'ombre, évitez les expositions prolongées aux heures de rayonnement maximal, portez des vêtements, un chapeau et des lunettes adaptés.
Ensuite, protégez avec un photoprotecteur à large spectre SPF 30-50+ les zones qui restent exposées et réappliquez-le selon les besoins.
La crème doit réduire le rayonnement que reçoit votre peau lors d'une exposition raisonnable, et non vous permettre de prolonger indéfiniment cette exposition.
La règle que je veux que vous reteniez
Il y a une phrase qui résume parfaitement ma façon de concevoir la photoprotection : « Le protecteur solaire doit diminuer votre dose de rayonnement, pas augmenter vos heures au soleil ».
Si sans protecteur votre peau vous aurait finalement obligé à chercher l'ombre en raison des rougeurs ou des brûlures, n'interprétez pas l'absence de ces sensations avec un SPF 50 comme une autorisation de rester exposé tout l'après-midi.
Le protecteur fonctionne. Mais vous n'êtes pas invulnérable.
Profitez du plein air, faites du sport, marchez, allez à la plage et profitez de l'été. Mais rappelez-vous que l'absence de coup de soleil n'équivaut pas à l'absence de dommages, et que la meilleure protection solaire reste une combinaison de comportement intelligent, d'ombre, de vêtements et d'un bon photoprotecteur.
Car protéger notre peau ne consiste pas à avoir peur du soleil. Il s'agit d'apprendre à entretenir avec lui une relation intelligente.
Ce qu'il faut retenir
- —Le protecteur solaire est fondamental face aux rayonnements UV, mais il ne doit pas servir de prétexte pour rester plus longtemps au soleil : il génère un faux sentiment de sécurité.
- —Ne pas attraper de coup de soleil ne signifie pas l'absence de dommages : lorsque la peau rougit, des dommages biologiques se sont déjà produits, et aucune photoprotection ne bloque 100 % des UV.
- —Choisissez une photoprotection à large spectre (UVB + UVA) : les UVA endommagent la peau (photovieillissement, stress oxydatif, carcinogenèse) sans provoquer de brûlure immédiate.
- —La solution n'est pas d'arrêter d'utiliser de la crème, mais de bien l'utiliser et de changer de comportement : ombre, vêtements, chapeau, lunettes et éviter les heures de plus forte exposition.
- —Le bronzage ne protège pas vraiment et nous ne devons pas chercher l'exposition solaire pour obtenir de la vitamine D : mieux vaut mesurer la 25-OH-vitamine D et la corriger par l'alimentation ou des compléments.
- —Règle clé : « Le protecteur solaire doit diminuer ta dose de rayonnement, pas augmenter tes heures au soleil ».

Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera
Le médecin vous explique
Contenu informatif et de vulgarisation, rédigé et révisé par le Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera. Il ne remplace pas une consultation médicale en présentiel ni un diagnostic individualisé.


