« Je n'ai jamais pris de soleil à cet endroit… alors pourquoi ai-je un cancer de la peau ici ? »
Pourquoi je vous en parle
« Docteur, je ne comprends pas. Cette partie de mon corps ne voit pratiquement jamais le soleil. Comment est-ce possible d'avoir un cancer de la peau ici ? » C'est une phrase que l'on entend régulièrement, et la question est parfaitement légitime : nous avons appris depuis des années que soleil = cancer de la peau.
C'est globalement vrai — les rayonnements ultraviolets constituent le principal facteur environnemental responsable des cancers cutanés. Mais la réalité est beaucoup plus intéressante, parce qu'un cancer cutané ne se développe pas nécessairement à l'endroit où vous vous souvenez avoir eu un coup de soleil. Et surtout, tous les cancers de la peau ne se développent pas de la même manière.
Je suis le Dr Florian Vallecillo, et aujourd'hui je vais vous expliquer pourquoi.

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Examine votre peau à la fin de l'été
D'abord, un coup de soleil n'est que la partie visible des dommages causés par les UV
Lorsque votre peau devient rouge après une exposition solaire, vous voyez une réaction inflammatoire provoquée par une exposition excessive aux UV. Mais voici ce qu'il faut comprendre : il n'est pas nécessaire de devenir rouge pour que les UV aient un effet biologique sur votre peau. Les UV peuvent provoquer des lésions moléculaires et des dommages à l'ADN sans produire le spectaculaire coup de soleil dont vous vous souvenez.
Notre organisme possède heureusement des systèmes extrêmement performants de réparation de l'ADN, et chaque jour nos cellules réparent une multitude de dommages. Mais cette réparation n'est pas parfaite : au cours des années, certaines altérations peuvent persister et des mutations peuvent progressivement s'accumuler. C'est l'une des raisons pour lesquelles votre peau possède en quelque sorte une mémoire biologique de vos expositions passées.
Votre peau se souvient de votre enfance
C'est un message que je considère particulièrement important. Lorsque nous parlons de prévention du cancer cutané à 50 ou 60 ans, nous parlons parfois d'expositions qui ont eu lieu plusieurs décennies auparavant. Les coups de soleil importants pendant l'enfance et l'adolescence sont particulièrement préoccupants pour le risque ultérieur de mélanome.
Cela ne signifie évidemment pas « j'ai eu un coup de soleil à 12 ans, j'aurai un mélanome » — heureusement. Cela signifie que ces expositions participent à votre risque cumulé. Et c'est précisément pourquoi protéger la peau des enfants est probablement l'une des interventions médicales préventives les plus importantes que nous puissions faire.
Mais tous les cancers cutanés ne racontent pas la même histoire
Lorsque nous disons « cancer de la peau », nous mettons en réalité dans la même expression des maladies différentes. Les trois grandes que le public doit connaître sont le carcinome basocellulaire, le carcinome épidermoïde (ou spinocellulaire) et le mélanome. Et leur relation avec le soleil n'est pas exactement identique.
Le carcinome : là, la géographie solaire est souvent beaucoup plus évidente
Les carcinomes cutanés apparaissent très fréquemment sur les zones ayant reçu beaucoup de soleil au cours de la vie : le visage, les oreilles, le cuir chevelu chez les personnes dégarnies, le cou, le décolleté, les avant-bras et le dos des mains. Pour les carcinomes, particulièrement le carcinome épidermoïde, l'exposition cumulative aux UV au cours de la vie joue un rôle majeur.
C'est assez intuitif. Une personne qui travaille dehors pendant trente ou quarante ans reçoit des milliers d'heures d'UV sur certaines zones. Progressivement apparaissent le photovieillissement, des taches, des kératoses actiniques, des altérations de l'ADN et, chez certains patients, des cancers cutanés.
Le mélanome est différent
C'est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes. Pour le mélanome cutané classique, les expositions intenses et intermittentes semblent particulièrement importantes. Typiquement : vous travaillez toute l'année à l'intérieur, puis vous partez quinze jours en vacances et vous exposez brutalement une peau qui reçoit habituellement peu de soleil — le dos, le thorax, les jambes, les épaules, et parfois jusqu'au coup de soleil. Ce type d'exposition intermittente intense est particulièrement associé au risque de mélanome.
Voilà pourquoi « je ne m'expose presque jamais » peut être trompeur
Ce n'est pas seulement la quantité totale de soleil qui compte : la manière dont vous vous exposez compte également. Une personne qui passe relativement peu de temps au soleil mais qui brûle intensément pendant ses vacances n'a pas nécessairement une exposition sans risque. Et surtout, notre mémoire est très mauvaise pour reconstruire trente ou quarante années d'exposition solaire. Qui se souvient précisément des coups de soleil de ses 8 ans, des après-midi à la piscine à 14 ans, des vacances à 19 ans ou des journées de plage à 25 ans ? Notre peau, elle, a subi ces expositions.
Mais voici quelque chose d'encore plus surprenant
Un mélanome peut apparaître dans des endroits recevant très peu de soleil : sous le pied, dans la paume de la main, sous un ongle. Et certains mélanomes apparaissent même sur des muqueuses ou dans l'œil. Alors comment expliquer cela ? Tout simplement parce que UV et mélanome ne sont pas synonymes.
Il existe plusieurs maladies derrière le mot « mélanome »
C'est une évolution très importante de notre compréhension du mélanome. Nous savons aujourd'hui que tous les mélanomes n'ont pas exactement la même biologie : certains sont fortement associés aux UV, d'autres beaucoup moins, et certains pratiquement pas. Un exemple particulièrement important est le mélanome acral, qui apparaît sur les extrémités — paumes, plantes et appareil unguéal, notamment sous les ongles.
Ces régions sont normalement protégées des UV, et effectivement la biologie moléculaire des mélanomes acraux est différente de celle de nombreux mélanomes cutanés liés au soleil : ils présentent notamment beaucoup moins la signature mutationnelle caractéristique des UV.
Cela signifie-t-il que le soleil n'est finalement pas si important ?
Absolument pas. Et c'est là qu'il ne faut surtout pas tirer la mauvaise conclusion. En 2025, des chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer ont estimé qu'environ 267 000 des quelque 332 000 mélanomes cutanés diagnostiqués mondialement en 2022 étaient attribuables aux UV — soit environ 83 %. Donc oui, la grande majorité des mélanomes cutanés restent liés aux ultraviolets. Mais pas 100 %. Et cette différence est fondamentale.
Alors qu'est-ce qui provoque les autres ?
Il n'existe pas nécessairement une seule réponse. Le cancer est une maladie génétique au sens cellulaire du terme : certaines cellules accumulent des altérations leur permettant progressivement d'échapper aux mécanismes normaux de contrôle. Les UV constituent un moyen extrêmement puissant de favoriser certaines de ces mutations, mais ils ne constituent pas le seul mécanisme possible. Entrent également en jeu la génétique individuelle, le phototype, le nombre de nævus, certaines prédispositions familiales, l'âge, le fonctionnement immunitaire, et probablement des caractéristiques biologiques propres aux différents tissus et sous-types de mélanome.
Les grains de beauté sont également importants
Une personne possédant de nombreux nævus présente généralement un risque de mélanome supérieur à une personne qui en possède très peu. Certains patients présentent des nævus atypiques, et il existe des familles dans lesquelles le mélanome est beaucoup plus fréquent. Cela nous rappelle une chose fondamentale : le risque de cancer cutané est le résultat d'une interaction entre notre environnement et notre biologie. Ce n'est jamais uniquement « combien d'heures avez-vous passé au soleil ? »
Et une autre idée reçue : un mélanome vient toujours d'un grain de beauté
Non. C'est extrêmement important. Certains mélanomes apparaissent effectivement sur un nævus préexistant, mais beaucoup apparaissent de novo, c'est-à-dire sur une peau où le patient ne se souvenait pas avoir de grain de beauté particulier auparavant. Voilà pourquoi la surveillance ne consiste pas seulement à regarder si vos anciens grains de beauté changent : il faut également regarder si quelque chose de nouveau apparaît.
Que faut-il surveiller ? La règle ABCDE
Vous connaissez peut-être la règle ABCDE. Le A, c'est l'Asymétrie : une moitié de la lésion ne ressemble pas à l'autre. Le B, ce sont les Bords : les contours deviennent irréguliers ou mal définis. Le C, c'est la Couleur : plusieurs couleurs apparaissent dans une même lésion — brun, noir, rouge, parfois bleuâtre ou blanchâtre. Le D, c'est le Diamètre : une taille importante mérite une attention particulière, même si un mélanome peut évidemment être petit. Et le E, c'est l'Évolution — et pour moi, c'est probablement l'un des critères les plus importants : une lésion qui change, grossit, change de couleur, saigne, devient différente ou apparaît récemment mérite d'être regardée.
Et j'ajouterais une règle extrêmement simple : le vilain petit canard
Regardez vos grains de beauté. Souvent, chez une même personne, ils se ressemblent : même tonalité, même taille générale, même aspect. Et soudain, il y en a un qui ne ressemble pas aux autres. Celui-là mérite votre attention : c'est ce que nous appelons le signe du vilain petit canard. Une lésion différente du « profil » habituel de votre peau doit attirer le regard.
Et surtout : regardez là où vous ne regardez jamais
C'est probablement le message le plus important de cet article. Lorsque les patients contrôlent leur peau, ils regardent le visage, le thorax, les bras, les jambes. Mais beaucoup oublient le cuir chevelu, l'arrière des oreilles, l'espace entre les orteils, la plante des pieds, les paumes, les ongles, le dos, les fesses et les régions génitales. Or un mélanome peut apparaître dans certaines de ces régions. Le fait qu'une zone ne voie pratiquement jamais le soleil ne signifie donc pas « je n'ai pas besoin de la regarder ».
Sous un ongle : attention à la bande pigmentée
Une pigmentation sous un ongle n'est évidemment pas automatiquement un mélanome : il existe de nombreuses causes bénignes — un traumatisme, un hématome, une pigmentation physiologique, certains médicaments, certaines infections. Mais une nouvelle bande pigmentée qui apparaît sur un seul ongle, qui évolue, s'élargit ou présente certaines caractéristiques particulières mérite un examen médical. Et surtout, ne supposez pas automatiquement qu'il s'agit d'un bleu parce que vous avez peut-être cogné votre pied : lorsque la pigmentation persiste ou évolue, on la fait examiner.
Même chose pour la plante des pieds
Nous regardons rarement nos plantes de pieds, pourtant c'est précisément l'une des localisations classiques du mélanome acral. Une tache pigmentée nouvelle ou inhabituelle sous le pied mérite donc d'être observée. Encore une fois, la majorité des taches sous les pieds ne sont pas des mélanomes ; mais l'objectif du dépistage n'est pas d'avoir peur de chaque tache, c'est de savoir laquelle mérite d'être montrée.
Et la protection solaire dans tout cela ?
Elle reste fondamentale. Le fait que certains mélanomes ne soient pas liés aux UV ne remet absolument pas en question la prévention solaire : les UV constituent un carcinogène établi et la principale cause environnementale des cancers cutanés. La prévention consiste notamment à éviter les expositions excessives, à éviter les coups de soleil, à protéger particulièrement les enfants, à utiliser vêtements, chapeau et ombre lorsque l'exposition est importante, à utiliser correctement une protection solaire sur les zones exposées et à éviter les cabines de bronzage.
Mais se protéger ne signifie pas vivre dans la peur du soleil
Je tiens également à cette nuance. Le message médical n'est pas « ne sortez plus » ; il est : évitez les dommages inutiles liés aux UV. Nous pouvons vivre dehors, faire du sport, marcher, aller à la plage, profiter de la lumière naturelle. Mais nous devons arrêter de considérer le coup de soleil comme une étape normale des vacances. Une peau brûlée n'est pas une peau qui « prépare son bronzage » : c'est une peau qui a subi une agression aiguë par les UV.
Et si j'ai beaucoup pris le soleil quand j'étais jeune ?
Ne tombez surtout pas dans le fatalisme. Vous ne pouvez pas modifier les expositions de votre enfance, mais vous pouvez modifier ce que vous faites aujourd'hui : réduire les nouvelles expositions excessives, éviter les coups de soleil, surveiller votre peau, faire contrôler certaines lésions et consulter précocement lorsqu'une lésion change. Et cela est extrêmement important, parce qu'un mélanome diagnostiqué tôt n'a absolument pas le même pronostic qu'un mélanome découvert tardivement.
Ce qu'il faut retenir
Le soleil et les UV jouent un rôle majeur dans les cancers de la peau. Mais un cancer cutané n'apparaît pas obligatoirement à l'endroit précis où vous vous souvenez avoir eu un coup de soleil ; les dommages UV peuvent exister sans rougeur visible et s'accumuler pendant des décennies. Les carcinomes apparaissent particulièrement souvent sur les zones chroniquement exposées, tandis que le mélanome possède une relation plus complexe avec l'exposition solaire, notamment avec les expositions intenses et intermittentes. Et certains mélanomes, comme le mélanome acral, peuvent apparaître sur des zones très peu exposées aux UV et possèdent une biologie différente.
Je suis le Dr Florian Vallecillo. Et si je devais vous laisser avec une seule idée aujourd'hui, ce serait celle-ci : ne surveillez pas uniquement les endroits où vous prenez le soleil — surveillez votre peau, toute votre peau. Parce que notre peau possède une histoire, faite de soleil, de génétique, de vieillissement, d'immunité et de biologie cellulaire. Et en médecine de la peau, ce qui compte n'est pas d'avoir peur de chaque grain de beauté : c'est de savoir reconnaître celui qui change, celui qui apparaît et celui qui ne ressemble pas aux autres. Et lorsqu'un doute existe, mieux vaut le montrer une fois inutilement que le découvrir trop tard.
Ce qu'il faut retenir
- —Les UV sont le principal facteur des cancers cutanés, mais un cancer ne se développe pas forcément là où l'on se souvient d'un coup de soleil : les dommages UV s'accumulent pendant des décennies, parfois sans rougeur visible.
- —« Cancer de la peau » regroupe des maladies différentes : les carcinomes (liés à l'exposition cumulée, sur les zones chroniquement exposées) et le mélanome (davantage lié aux expositions intenses et intermittentes).
- —Tous les mélanomes n'ont pas la même biologie : le mélanome acral (paumes, plantes, sous les ongles) touche des zones peu exposées aux UV ; ~83 % des mélanomes cutanés restent toutefois attribuables aux UV (CIRC, cas de 2022).
- —Un mélanome ne naît pas toujours d'un grain de beauté : beaucoup apparaissent « de novo ». Surveillez ce qui change ET ce qui apparaît (règle ABCDE + signe du « vilain petit canard »).
- —Examinez aussi les zones que l'on oublie : cuir chevelu, arrière des oreilles, entre les orteils, plantes, paumes, ongles, dos, fesses et régions génitales. Une bande pigmentée nouvelle sous un ongle mérite un examen médical.
- —La protection solaire reste fondamentale (éviter les coups de soleil, protéger les enfants, pas de cabines UV) — sans vivre dans la peur : un mélanome diagnostiqué tôt n'a pas le même pronostic qu'un mélanome tardif.
Clínica Valorian
Un grain de beauté vous inquiète ?
La détection précoce du cancer de la peau sauve des vies. Si un grain de beauté change de taille, de forme ou de couleur, saigne ou ne cicatrise pas, n'attendez pas.

Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera
Le médecin vous explique
Contenu informatif et de vulgarisation, rédigé et révisé par le Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera. Il ne remplace pas une consultation médicale en présentiel ni un diagnostic individualisé.


