Un virus très commun peut-il provoquer un cancer de la peau ?

Pourquoi je vous en parle
Vous avez probablement entendu parler du papillomavirus humain — le HPV ou VPH —, surtout parce que certains types peuvent provoquer un cancer du col de l'utérus, de l'anus ou certains cancers de la gorge. Mais il existe une autre famille bien moins connue : les bêta-papillomavirus, ou bêta-HPV.
Ce sont des virus extrêmement fréquents qui vivent habituellement sur notre peau : beaucoup d'entre nous les hébergeons sans le savoir et, dans des conditions normales, notre système immunitaire les maintient parfaitement sous contrôle. Mais un cas extraordinaire vient d'être décrit, qui nous oblige à mieux comprendre leur relation avec le cancer de la peau.
Le cas qui nous oblige à regarder de nouveau
Une femme de seulement 34 ans a développé sur le front un carcinome épidermoïde cutané, l'un des cancers de la peau les plus fréquents. Et il ne s'agissait pas d'une tumeur banale : elle était invasive, réapparaissait après les traitements et s'est avérée extrêmement difficile à contrôler.
Qu'ont-ils trouvé à l'intérieur de la tumeur ?
Les chercheurs ont analysé la tumeur en profondeur et ont découvert quelque chose de surprenant : un type précis de bêta-papillomavirus, le HPV-19, s'était intégré dans l'ADN des cellules tumorales et produisait des protéines virales. Autrement dit, le virus n'était pas simplement présent dans la peau : il participait directement au maintien du cancer.
Cela signifie-t-il qu'avoir du HPV sur la peau provoque un cancer ?
Non, et c'est très important. Cette patiente présentait en outre une altération génétique très rare affectant une protéine appelée ZAP-70, fondamentale pour le bon fonctionnement de nos lymphocytes T. Ses défenses pouvaient sembler relativement préservées, mais ses lymphocytes T avaient du mal à reconnaître et à contrôler correctement certains HPV. Le virus a alors pu persister, échapper au système immunitaire et, finalement, participer directement à la transformation des cellules de la peau.
La partie la plus fascinante : restaurer l'immunité
Les médecins ont réalisé une greffe de cellules souches hématopoïétiques afin de restaurer un système immunitaire capable de répondre correctement. Après la greffe, les maladies liées au HPV ont disparu — y compris le carcinome épidermoïde — et aucune récidive n'avait été observée après plus de trois ans de suivi.
Que nous apprend-il sur le cancer de la peau ?
Lorsque nous parlons de cancer de la peau, nous pensons immédiatement au soleil et aux rayonnements ultraviolets, et nous avons toujours raison : les rayonnements ultraviolets demeurent l'un des principaux facteurs responsables du carcinome épidermoïde cutané. Mais la carcinogenèse est bien plus complexe. Chez certaines personnes, la génétique, le système immunitaire, les virus et les rayonnements ultraviolets peuvent intervenir conjointement.
Nous savons depuis longtemps que les patients immunodéprimés, en particulier certains patients transplantés, présentent un risque bien plus élevé de développer des carcinomes épidermoïdes cutanés. Ce cas apporte désormais une démonstration particulièrement intéressante : dans certaines circonstances d'altération de l'immunité cellulaire, un bêta-HPV peut cesser de se comporter simplement comme un micro-organisme habituel de notre peau et participer directement au développement et au maintien d'un cancer.
Un message important : n'ayez pas peur du HPV de votre peau
Trouver un bêta-HPV ne signifie pas que vous allez développer un cancer, et cela ne signifie pas non plus que nous devions commencer à rechercher ces virus dans l'ensemble de la population. Il s'agit d'un cas exceptionnel, associé à un déficit immunitaire très particulier.
Ce qui est vraiment important reste de connaître notre peau, de la protéger correctement du soleil et de consulter un médecin lorsqu'apparaît une nouvelle lésion, une plaie qui ne cicatrise pas ou une lésion qui grossit, saigne ou change d'aspect. Car dans le cancer de la peau, comme dans tant d'autres maladies, comprendre le risque est important, mais le détecter à temps peut tout changer.
Ce qu'il faut retenir
- —Le HPV le plus connu (associé au cancer du col de l'utérus, de l'anus ou de la gorge) n'est pas le protagoniste ici : il existe les bêta-papillomavirus (bêta-HPV), des virus très courants qui vivent normalement sur la peau et que le système immunitaire maintient sous contrôle.
- —Dans un cas exceptionnel, une femme de 34 ans atteinte d'un carcinome épidermoïde agressif présentait le bêta-HPV-19 intégré dans l'ADN de la tumeur et produisant des protéines virales : le virus participait directement au maintien du cancer.
- —La clé résidait dans une altération génétique rare (protéine ZAP-70) qui empêchait ses lymphocytes T de contrôler le virus. Avoir du bêta-HPV sur la peau ne provoque PAS un cancer à lui seul.
- —Une greffe de cellules souches hématopoïétiques a restauré l'immunité : les maladies liées au HPV — y compris le carcinome — ont disparu, sans récidive après plus de trois ans.
- —Le rayonnement ultraviolet reste le principal facteur du carcinome épidermoïde cutané ; la carcinogenèse associe génétique, immunité, virus et soleil, en particulier chez les personnes immunodéprimées.
- —Message final : il ne faut pas craindre le HPV habituel de la peau ni le rechercher dans la population générale. L'essentiel est de bien connaître votre peau, de vous protéger du soleil et de consulter un médecin face à une lésion nouvelle, qui ne cicatrise pas, qui grandit, saigne ou change d'aspect.
Clínica Valorian
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Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera
Le médecin vous explique
Contenu informatif et de vulgarisation, rédigé et révisé par le Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera. Il ne remplace pas une consultation médicale en présentiel ni un diagnostic individualisé.

