Le médecin vous explique

Mes hormones sont normales… alors pourquoi ai-je de l'acné et je perds mes cheveux ?

Rédigé et révisé par Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera· Publié: 26 août 2026· Dernière révision médicale: 26 août 2026
Mes hormones sont normales… alors pourquoi ai-je de l'acné et je perds mes cheveux ?
Ilustración médica · Clínica Valorian

Pourquoi je vous en parle

« Docteur, j'ai fait toutes mes analyses. Mon gynécologue m'a dit que tout était normal : ma testostérone est normale, ma thyroïde est normale, tout est dans les valeurs du laboratoire. Alors pourquoi ai-je encore de l'acné ? Pourquoi mes cheveux deviennent-ils plus fins ? Pourquoi ai-je parfois plus de poils sur certaines zones ? Si mes hormones sont normales, ça ne peut pas être hormonal… non ? »

Pas forcément. Je suis le Dr Florian Vallecillo, et aujourd'hui je veux vous expliquer quelque chose que je rencontre très souvent en consultation : une analyse hormonale normale ne signifie pas nécessairement que vos symptômes n'ont aucun lien avec les hormones.

Et pour comprendre cela, il faut arrêter de regarder une hormone comme un simple chiffre.

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Des analyses normales mais de l'acné et une chute de cheveux ? Un médecin vous explique

D'abord, qu'est-ce qu'une « analyse normale » ?

Lorsque votre laboratoire mesure une hormone, le résultat est comparé à une plage de référence. Imaginons — uniquement pour comprendre le principe — qu'un laboratoire indique une valeur normale comprise entre X et Y. Si votre résultat se trouve entre ces deux valeurs, le laboratoire le classe simplement comme « dans l'intervalle de référence ».

Mais cela ne signifie pas : « nous avons prouvé que cette hormone n'a aucun rôle dans vos symptômes. » Cela signifie seulement : « la concentration mesurée ne dépasse pas le seuil considéré comme anormal avec cette méthode et dans cette population de référence. » C'est très différent.

Une plage de laboratoire n'est pas un diagnostic

Les valeurs de référence sont indispensables, nous en avons besoin ; mais elles ne remplacent jamais l'histoire clinique. Prenons deux femmes présentant exactement la même concentration de testostérone. La première n'a aucune acné, une chevelure dense, des cycles réguliers et aucune pilosité excessive. La seconde présente une acné mandibulaire persistante, des cheveux qui s'affinent progressivement au sommet du crâne et une pilosité plus importante sur le menton. Même résultat sanguin, expression clinique complètement différente.

Pourquoi ? Parce que les hormones ne fonctionnent pas simplement selon leur concentration dans une prise de sang.

Première explication : toutes les hormones de votre sang ne sont pas également actives

Prenons la testostérone. Une partie circule liée à des protéines, dont l'une est appelée SHBG (Sex Hormone-Binding Globulin). Imaginez la SHBG comme une protéine de transport qui « attache » une partie des hormones sexuelles : la fraction liée est moins immédiatement disponible pour les tissus, tandis qu'une autre fraction reste plus libre. Et c'est notamment cette fraction biologiquement disponible qui nous intéresse.

Deux femmes peuvent donc avoir la même testostérone totale mais des taux de SHBG différents, et par conséquent une disponibilité hormonale différente. C'est pourquoi, dans certaines situations, regarder uniquement la testostérone totale peut être insuffisant.

Deuxième explication : votre peau fabrique aussi sa propre réponse hormonale

Et c'est probablement la partie la plus fascinante. La peau n'est pas simplement un tissu qui attend passivement les hormones présentes dans le sang : elle possède elle-même des enzymes, des récepteurs hormonaux, des glandes sébacées, des follicules pileux et toute une machinerie locale capable de transformer et d'interpréter les signaux hormonaux.

Par exemple, une enzyme appelée 5-alpha-réductase peut transformer la testostérone en une molécule encore plus active sur certains tissus : la dihydrotestostérone, ou DHT. Et l'activité de cette enzyme peut varier selon la personne, la zone du corps, le follicule et probablement la génétique. Autrement dit, votre prise de sang mesure ce qui circule ; elle ne mesure pas exactement ce qui se passe à l'intérieur de chaque follicule pileux ou de chaque glande sébacée. Et cette distinction change beaucoup de choses.

Pourquoi les androgènes peuvent-ils provoquer de l'acné ?

Les androgènes stimulent notamment les glandes sébacées, qui produisent le sébum. Lorsque l'activité androgénique est importante, ou lorsque la glande sébacée y est particulièrement sensible, la production de sébum augmente, le follicule peut plus facilement s'obstruer, l'environnement devient favorable à l'inflammation et des lésions d'acné peuvent apparaître. C'est notamment pour cela que certaines femmes présentent une acné particulièrement marquée sur la mâchoire, le menton et le bas du visage, parfois avec des poussées cycliques avant les règles.

Mais attention : toute acné de l'adulte n'est pas nécessairement causée par une anomalie hormonale mesurable. Certaines femmes ont simplement une peau très sensible à des concentrations hormonales parfaitement physiologiques.

Et les cheveux ?

Là aussi, les androgènes jouent un rôle important, mais avec une particularité étonnante : la même hormone peut produire des effets opposés selon le follicule. Sur certaines zones du visage et du corps, les androgènes peuvent favoriser la croissance de poils plus épais ; sur le cuir chevelu de certaines personnes génétiquement prédisposées, en particulier dans l'alopécie androgénétique féminine, l'activité androgénique peut au contraire miniaturiser progressivement les follicules. Le cheveu devient alors plus fin, plus court, moins pigmenté, et la densité diminue peu à peu.

Et pourtant, beaucoup de femmes présentant une alopécie androgénétique ont des taux sanguins d'androgènes parfaitement normaux. C'est un point fondamental : le problème n'est pas nécessairement « vous avez trop de testostérone dans le sang », mais peut être « vos follicules sont particulièrement sensibles aux androgènes présents à des concentrations normales ».

C'est exactement comme la sensibilité à l'insuline

J'aime bien cette comparaison. Deux personnes peuvent avoir le même niveau d'insuline, mais leurs tissus ne répondent pas forcément de la même manière. Avec les hormones sexuelles, c'est également une question de concentration, de disponibilité et de sensibilité du tissu. C'est pourquoi la médecine ne peut pas être réduite à « chiffre normal = hormone exclue ».

Troisième explication : le moment où vous faites l'analyse compte

Chez une femme non ménopausée, les hormones ne sont évidemment pas identiques tous les jours du mois : elles évoluent avec le cycle. Le contexte compte donc énormément — quel jour du cycle, des cycles réguliers ou non, une contraception hormonale, un arrêt récent de contraception, une grossesse, un post-partum, une périménopause ou un traitement hormonal. Toutes ces informations peuvent modifier l'interprétation d'un bilan, et certaines hormones doivent être demandées ou interprétées à un moment approprié selon la question clinique.

La pilule peut également modifier complètement le bilan

Une contraception œstroprogestative peut notamment augmenter la SHBG et modifier les concentrations mesurées d'androgènes. Lorsqu'une femme me dit « mes hormones sont normales », la question suivante peut donc être : « dans quelles conditions ont-elles été mesurées ? » Parce qu'une prise de sang n'existe jamais indépendamment du contexte.

Quelles hormones peuvent être intéressantes lorsqu'on suspecte un problème androgénique ?

Cela dépend évidemment des symptômes. Mais selon le contexte, un médecin peut s'intéresser à la testostérone totale, à la SHBG, à une estimation de la testostérone libre ou de l'index androgénique libre, à la DHEA-S, parfois à l'androstènedione, et selon le tableau à la TSH, à la prolactine ou à la 17-hydroxyprogestérone, ainsi qu'à d'autres examens ciblés lorsqu'une cause endocrinienne particulière est suspectée.

Mais cela ne signifie pas qu'il faut demander vingt hormones à toutes les femmes qui ont trois boutons : l'examen doit répondre à une question clinique.

Et le syndrome des ovaires polykystiques ?

C'est évidemment une cause importante à connaître. Le SOPK peut associer, selon les patientes, des cycles irréguliers, des troubles de l'ovulation, une hyperandrogénie clinique ou biologique, de l'acné, un hirsutisme, une alopécie androgénétique et, fréquemment, des anomalies métaboliques, notamment une insulinorésistance.

Mais, encore une fois, une femme n'a pas besoin d'avoir une testostérone spectaculairement élevée pour présenter un SOPK : le diagnostic repose sur un ensemble de critères, et certaines manifestations peuvent être principalement cliniques.

Et l'insuline peut elle-même influencer les hormones sexuelles

C'est un autre lien très intéressant. Lorsque l'insuline reste élevée dans un contexte d'insulinorésistance, elle peut stimuler la production ovarienne d'androgènes et diminuer la production hépatique de SHBG. Résultat : l'activité androgénique disponible peut augmenter.

C'est l'une des raisons pour lesquelles, chez certaines patientes présentant simultanément acné, cycles irréguliers, prise de poids abdominale, hirsutisme ou d'autres signes métaboliques, je m'intéresse également au métabolisme glucidique. Parce qu'encore une fois, la peau, les ovaires, le foie et le pancréas communiquent.

Mais attention : une femme peut avoir de l'acné hormonodépendante sans SOPK

C'est extrêmement fréquent. Une patiente peut avoir des cycles parfaitement réguliers, pas d'hirsutisme important, pas d'insulinorésistance, pas de SOPK, une testostérone normale et une DHEA-S normale, et présenter malgré tout une acné clairement influencée par les hormones. Pourquoi ? Parce que sa peau peut être particulièrement sensible aux androgènes. Comme je l'expliquais plus haut, une réponse hormonale anormale ne nécessite pas forcément une concentration hormonale anormale.

Même chose pour l'alopécie féminine

Une femme peut présenter une alopécie androgénétique avec des analyses hormonales normales. Nous regardons alors la distribution de la perte de cheveux, la miniaturisation folliculaire, la dermoscopie du cuir chevelu, les antécédents familiaux, la durée d'évolution et d'autres causes pouvant aggraver la chute. Parce que toutes les pertes de cheveux ne sont évidemment pas hormonales.

Et c'est là qu'un autre piège apparaît

Une femme peut avoir une alopécie androgénétique… et simultanément un effluvium télogène, par exemple après une maladie, une perte de poids importante, un stress physiologique, un post-partum, une carence martiale, une restriction calorique importante ou certains médicaments. Dans ce cas, deux mécanismes peuvent coexister, et si l'on cherche une seule explication, on peut passer à côté d'une partie du problème.

La ferritine et la thyroïde peuvent également compter pour les cheveux

Selon le contexte, nous pouvons aussi vérifier la ferritine et le métabolisme du fer, la TSH et parfois la T4 libre, la vitamine B12, la vitamine D selon la situation, et d'autres paramètres lorsqu'ils sont cliniquement indiqués. Mais, là encore, nous ne cherchons pas des « valeurs parfaites » : nous cherchons une cause médicalement cohérente avec les symptômes.

Je veux être très précis sur le mot « optimal »

On entend énormément aujourd'hui : « vos analyses sont normales, mais pas optimales. » Et ce terme peut devenir dangereux, parce qu'il permet parfois de transformer n'importe quel chiffre normal en pseudo-anomalie. Je ne veux pas faire cela : il n'existe pas un mystérieux chiffre hormonal « optimal » universel pour toutes les femmes.

Ce que nous cherchons, c'est autre chose : le résultat est-il cohérent avec la clinique ? Le bon marqueur a-t-il été mesuré ? L'a-t-il été dans les bonnes conditions ? Existe-t-il une fraction libre différente ? Le tissu peut-il être particulièrement sensible ? Existe-t-il une autre cause ? C'est cela, une interprétation médicale.

Donc « tout est normal » peut vouloir dire deux choses différentes

Première possibilité : nous avons étudié correctement les causes probables et rien d'anormal n'a été retrouvé. Très bien — cela nous oriente vers des mécanismes locaux ou d'autres diagnostics. Deuxième possibilité : nous avons simplement réalisé un bilan général qui n'était pas conçu pour répondre précisément à cette question. Ce n'est pas une mauvaise analyse ; elle répond simplement à autre chose.

C'est exactement comme demander une radiographie du thorax pour expliquer une douleur au genou : la radiographie peut être parfaite, mais elle ne répond pas à la bonne question.

Comment j'aborde une femme qui me dit : « j'ai de l'acné et je perds mes cheveux » ?

Je commence par l'histoire. Depuis quand ? Les cycles sont-ils réguliers ? L'acné varie-t-elle avec les règles ? Existe-t-il une pilosité nouvelle ? Le poids a-t-il changé ? Y a-t-il eu une grossesse, un arrêt de pilule, une perte de poids, un stress physiologique important ? Des antécédents familiaux de chute de cheveux ? Quels médicaments ? Quelle alimentation ?

Puis j'examine la peau, le cuir chevelu, les follicules, la distribution de l'acné et les éventuels signes d'hyperandrogénie. Et ensuite seulement, je décide quels examens peuvent réellement apporter quelque chose.

Les symptômes comptent

C'est probablement le message que je veux transmettre. Une prise de sang est un outil extraordinaire, mais elle ne remplace jamais ce que le patient raconte et ce que le médecin observe. Si une femme présente une acné persistante, un hirsutisme, des cycles irréguliers, une alopécie progressive ou une combinaison de ces signes, le fait qu'une testostérone isolée soit « dans la norme » ne suffit pas toujours à fermer le dossier : il faut comprendre le mécanisme.

Mais l'inverse est également vrai

Il ne faut pas non plus partir à la recherche d'un « déséquilibre hormonal caché » chez toute femme qui présente de l'acné ou une chute de cheveux. Parce que l'acné peut être multifactorielle, l'alopécie possède de nombreuses causes, et des variations biologiques normales ne sont pas nécessairement des maladies. Le but n'est pas de trouver quelque chose à tout prix : le but est de comprendre ce qui est le plus probable.

Ce qu'il faut retenir

Si vous avez de l'acné, une chute de cheveux ou une pilosité excessive et que vos analyses sont annoncées comme normales, ne concluez pas automatiquement « donc mes hormones n'ont rien à voir » — mais ne concluez pas non plus « mon laboratoire s'est trompé et mes hormones sont forcément trop élevées pour moi ». La vérité est plus intéressante : une hormone peut être normale dans le sang mais produire une réponse importante dans un tissu particulièrement sensible.

La testostérone totale ne raconte pas toujours toute l'histoire ; la SHBG et la fraction libre peuvent compter ; le métabolisme local des androgènes dans la peau et le follicule pileux compte ; le moment du cycle et les traitements hormonaux comptent. Et surtout, le diagnostic clinique compte.

Je suis le Dr Florian Vallecillo. Et si je devais vous laisser avec une seule idée aujourd'hui, ce serait celle-ci : une valeur de laboratoire ne se traite jamais seule — et elle ne s'interprète jamais seule. « Normal » signifie « dans une plage de référence » ; cela ne signifie pas nécessairement « nous avons expliqué pourquoi vous avez de l'acné ou pourquoi vous perdez vos cheveux ». Lorsque les symptômes persistent, la bonne question n'est pas « comment faire sortir mes hormones des normes ? », mais « avons-nous réellement compris ce qui se passe dans ma peau, mes cheveux et mon environnement hormonal ? » Parce qu'en médecine, le diagnostic commence rarement par un chiffre : il commence par la personne qui se trouve devant nous.

Ce qu'il faut retenir

  • « Normal » signifie « dans la plage de référence du laboratoire » — pas « nous avons prouvé que vos hormones ne jouent aucun rôle ». Une plage de référence n'est pas un diagnostic.
  • Une même testostérone totale peut avoir des effets très différents : ce qui compte est aussi la SHBG et la fraction libre (biologiquement disponible), pas seulement la valeur totale.
  • La peau et les follicules possèdent leur propre machinerie hormonale (récepteurs, 5-alpha-réductase → DHT) : une réponse marquée ne nécessite pas forcément une concentration sanguine anormale — c'est une question de sensibilité du tissu.
  • Acné hormonodépendante et alopécie androgénétique peuvent exister avec des analyses parfaitement normales, avec ou sans SOPK ; l'insulinorésistance peut augmenter l'activité androgénique (↑ androgènes ovariens, ↓ SHBG hépatique).
  • Le contexte de la prise de sang compte : jour du cycle, contraception (↑ SHBG), post-partum, périménopause… Certaines chutes de cheveux relèvent aussi de la ferritine, de la thyroïde ou d'un effluvium télogène surajouté.
  • Méfiez-vous du mot « optimal » : il n'existe pas de chiffre hormonal idéal universel. On ne cherche pas à « sortir » les hormones des normes, mais à comprendre le mécanisme. Le diagnostic commence par la personne, pas par un chiffre.
Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera

Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera

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Contenu informatif et de vulgarisation, rédigé et révisé par le Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera. Il ne remplace pas une consultation médicale en présentiel ni un diagnostic individualisé.

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