Le médecin vous explique

Vitamine B1 et insuline : la vitamine oubliée du métabolisme du glucose

Rédigé et révisé par Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera· Publié: 26 août 2026· Dernière révision médicale: 26 août 2026
Vitamine B1 et insuline : la vitamine oubliée du métabolisme du glucose
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Pourquoi je vous en parle

Quand on parle de sucre dans le sang, on parle presque toujours d'insuline. On parle du pancréas, de la résistance à l'insuline, de GLUT4. Mais il existe une question dont on parle beaucoup moins : une fois que le glucose est entré dans votre cellule, qu'est-ce que votre cellule en fait ?

Parce que faire entrer du glucose dans une cellule ne suffit pas : encore faut-il être capable de transformer efficacement ce glucose en énergie. Et pour cela, votre organisme a besoin d'une petite molécule dont on parle finalement assez peu : la vitamine B1, ou thiamine.

Je suis le Dr Florian Vallecillo, et aujourd'hui je vais vous expliquer pourquoi cette vitamine est intimement liée au métabolisme du glucose, à nos mitochondries et, indirectement, à toute la physiologie de l'insuline.

Commençons par l'insuline

Vous mangez, votre digestion libère notamment du glucose, et ce glucose passe dans votre sang. Votre pancréas détecte cette augmentation et sécrète de l'insuline, qui transmet alors un message à différents tissus : « De l'énergie est disponible. » Dans le muscle et le tissu adipeux, elle favorise notamment le déplacement de transporteurs appelés GLUT4 vers la membrane cellulaire, ce qui permet au glucose d'entrer plus facilement dans la cellule.

Mais voilà quelque chose de fondamental : l'histoire du glucose ne s'arrête pas à la porte de la cellule. Au contraire, elle commence presque là.

Imaginez votre cellule comme une usine

L'insuline aide à faire entrer la matière première dans l'usine — cette matière première, c'est notamment le glucose. Mais maintenant, il faut transformer cette matière première, et pour cela la cellule dispose de toute une chaîne de réactions biochimiques. Le glucose va notamment être transformé en pyruvate.

Et ce pyruvate arrive à un carrefour absolument essentiel : il peut être utilisé pour alimenter les mitochondries et participer à la production d'énergie. Mais pour franchir efficacement cette étape, il faut faire fonctionner une enzyme extrêmement importante, la pyruvate déshydrogénase. Et devinez de quoi cette enzyme a besoin ? De vitamine B1 — plus exactement, elle utilise une forme active de la vitamine B1 appelée thiamine pyrophosphate (ou thiamine diphosphate) comme cofacteur. Autrement dit, la B1 aide la cellule à transformer le produit du glucose en carburant utilisable par la mitochondrie.

Et c'est là que les mitochondries entrent en jeu

Vous savez que je parle souvent des mitochondries. Pourquoi ? Parce qu'elles sont en quelque sorte les centrales énergétiques de nos cellules. Lorsque le métabolisme fonctionne correctement, une partie du carbone provenant du glucose peut entrer dans le cycle de Krebs, puis alimenter la chaîne respiratoire mitochondriale. Et au bout de cette chaîne, nous fabriquons de l'ATP.

L'ATP, c'est notre monnaie énergétique cellulaire. Votre cerveau en a besoin, vos muscles en ont besoin, votre cœur en a besoin, votre foie en a besoin — pratiquement toutes vos cellules en ont besoin. La vitamine B1 intervient donc au cœur du passage entre nutriment et énergie cellulaire.

Mais la B1 intervient à plusieurs endroits

Et c'est ce qui rend cette vitamine particulièrement intéressante : elle n'est pas uniquement nécessaire à la pyruvate déshydrogénase. Elle participe également au fonctionnement de l'α-cétoglutarate déshydrogénase, une enzyme du cycle de Krebs, et intervient dans une autre enzyme extrêmement importante, la transkétolase.

La transkétolase appartient à ce que l'on appelle la voie des pentoses phosphates. Je vais vous épargner le cours de biochimie : retenez simplement que cette voie participe notamment à la gestion des intermédiaires du glucose et à la production de molécules importantes pour les défenses antioxydantes de la cellule, notamment via le NADPH. La B1 se trouve donc vraiment à un carrefour : glucose → énergie → mitochondrie → équilibre redox cellulaire.

Alors quel rapport avec l'insulinorésistance ?

C'est là qu'il faut être précis. La vitamine B1 n'est pas de l'insuline, elle ne remplace pas l'insuline, et nous n'avons pas aujourd'hui de preuve suffisante permettant de dire : « Prenez de la vitamine B1 et vous allez inverser votre insulinorésistance. » Ce serait scientifiquement faux.

En revanche, la B1 est nécessaire au métabolisme normal du glucose. Cela signifie qu'une cellule qui manque de thiamine dispose de moins bonnes conditions pour utiliser normalement les substrats énergétiques. Les études expérimentales montrent effectivement qu'une carence en thiamine perturbe l'utilisation du glucose et peut également modifier la sécrétion d'insuline.

Et voici quelque chose d'encore plus intéressant

Lorsque l'on regarde les personnes diabétiques, on retrouve une association assez étonnante. Une revue systématique et méta-analyse publiée dans la revue Metabolism a comparé différents marqueurs de thiamine chez les personnes diabétiques et non diabétiques : globalement, les personnes atteintes de diabète présentaient des concentrations plus faibles de plusieurs formes circulantes de thiamine. Et l'association semblait particulièrement importante chez les personnes présentant également une albuminurie, c'est-à-dire une atteinte rénale associée au diabète.

Mais attention : association ne signifie pas causalité. On ne peut pas simplement dire « ils manquent de B1, donc ils sont devenus diabétiques ». Cela peut aussi fonctionner dans l'autre sens : le diabète peut modifier le métabolisme et l'élimination de la thiamine, les besoins peuvent être différents, la fonction rénale peut intervenir. Il existe probablement plusieurs mécanismes simultanément.

Alors donner de la vitamine B1 améliore-t-il la glycémie ?

Nous avons quelques résultats intéressants. Dans un petit essai randomisé en double aveugle, des personnes présentant une hyperglycémie ont reçu 300 mg de thiamine par jour pendant six semaines : la glycémie mesurée deux heures après une charge en glucose a diminué sous thiamine. C'est intéressant.

Mais seulement douze personnes ont terminé l'étude. Et surtout, l'étude n'a pas démontré d'amélioration significative de l'insuline ou du HOMA-IR sous thiamine. C'est donc un signal — pas une démonstration suffisante pour recommander de fortes doses de B1 comme traitement du prédiabète ou du diabète.

Et qu'est-ce que la benfotiamine ?

Vous allez peut-être rencontrer ce nom dans les compléments alimentaires. La benfotiamine est un dérivé de la thiamine, beaucoup étudié dans le contexte du diabète, notamment parce qu'on s'intéresse à la possibilité d'augmenter l'activité de la transkétolase et de détourner certains intermédiaires du glucose de voies susceptibles de contribuer aux complications de l'hyperglycémie. C'est biologiquement très intéressant. Mais là encore, un mécanisme biologique intéressant ne signifie pas automatiquement un bénéfice clinique démontré.

Et justement, nous avons maintenant une étude de 2026

C'est important, parce que je veux vous parler des données les plus récentes, pas simplement reprendre des études anciennes qui vont dans le sens que nous aimerions entendre. L'étude BOND, publiée en janvier 2026, a suivi pendant un an des personnes atteintes de diabète de type 2 présentant une polyneuropathie diabétique. Les participants recevaient soit de la benfotiamine 300 mg deux fois par jour, soit un placebo, et les chercheurs ont étudié énormément de paramètres neurologiques.

La benfotiamine a bien augmenté les concentrations des différents marqueurs de thiamine, mais elle n'a pas produit d'amélioration significative sur les principaux critères neurologiques étudiés par rapport au placebo. Et je trouve cette étude particulièrement intéressante, parce qu'elle nous rappelle quelque chose de fondamental en médecine : augmenter une molécule dans le sang ne signifie pas nécessairement améliorer une maladie.

Alors pourquoi continuer à s'intéresser à la vitamine B1 ?

Parce que son rôle physiologique, lui, ne fait pratiquement aucun doute. Nous avons besoin de thiamine pour métaboliser correctement les glucides : c'est une vitamine essentielle, et notre organisme ne peut pas en fabriquer suffisamment — nous devons donc la trouver dans notre alimentation. Et contrairement à une vitamine liposoluble que l'on stockerait massivement pendant très longtemps, nos réserves de thiamine sont relativement limitées.

Qui risque particulièrement de manquer de B1 ?

Certaines situations doivent attirer l'attention : une alimentation très déséquilibrée ou restrictive, une consommation chronique importante d'alcool, certaines maladies digestives avec malabsorption, les vomissements prolongés, certaines chirurgies bariatriques, certaines situations de dénutrition, et probablement certaines situations de besoins métaboliques augmentés. Les données modernes montrent que la carence en thiamine existe encore et peut être sous-diagnostiquée, y compris dans les pays développés.

Et où trouve-t-on la vitamine B1 ?

On en trouve notamment dans les céréales complètes, les légumineuses, les graines, les noix, le porc et différents aliments enrichis. Et c'est là encore un bon exemple de quelque chose que j'explique souvent : notre métabolisme n'a pas uniquement besoin de calories, il a besoin de micronutriments pour transformer ces calories en quelque chose d'utilisable. Vous pouvez avoir énormément de carburant ; si certaines pièces indispensables du moteur manquent, le moteur ne fonctionne pas normalement.

Faut-il donc prendre de la B1 si vous êtes insulinorésistant ?

Pas systématiquement, et c'est probablement la conclusion la plus importante de cet article. Aujourd'hui, les données ne justifient pas de considérer la thiamine comme un traitement autonome de l'insulinorésistance. Si vous êtes insulinorésistant, les interventions dont nous avons le plus besoin restent l'activité physique, le maintien ou l'augmentation de la masse musculaire, la réduction de la sédentarité, une alimentation adaptée, la qualité du sommeil, la réduction de l'excès de graisse viscérale lorsqu'il existe, et, lorsque cela est nécessaire, les traitements médicaux appropriés. La vitamine B1 ne remplace rien de tout cela.

Mais elle nous apprend quelque chose d'essentiel sur le métabolisme

Nous avons tendance à penser : sucre → insuline → diabète. La réalité est infiniment plus intéressante. Pour avoir une bonne santé métabolique, il faut faire entrer correctement le glucose dans les cellules, être sensible à l'insuline, avoir suffisamment de muscle, mais également être capable de transformer efficacement les nutriments à l'intérieur des cellules. Et pour cela, nous avons besoin d'enzymes, de mitochondries fonctionnelles et de micronutriments qui servent de cofacteurs. La vitamine B1 est l'un de ces cofacteurs fondamentaux.

Je suis le Dr Florian Vallecillo. Et si je devais vous laisser avec une idée aujourd'hui, ce serait celle-ci : pour comprendre le métabolisme, ne regardez pas uniquement combien de glucose circule dans votre sang ou combien d'insuline votre pancréas produit. Demandez-vous aussi : qu'est-ce que vos cellules sont capables de faire de cette énergie ?

C'est précisément à cet endroit que des micronutriments comme la vitamine B1 prennent toute leur importance. L'insuline aide le glucose à entrer dans la cellule ; la vitamine B1 aide la cellule à transformer ce carburant en énergie. Et cette distinction, à mon sens, permet de comprendre beaucoup mieux ce qu'est réellement la santé métabolique.

Ce qu'il faut retenir

  • La vitamine B1 (thiamine) est indispensable au métabolisme énergétique : sa forme active (thiamine pyrophosphate) sert de cofacteur à plusieurs enzymes clés.
  • Elle est notamment nécessaire à la pyruvate déshydrogénase (lien entre glucose et énergie mitochondriale), à l'α-cétoglutarate déshydrogénase (cycle de Krebs) et à la transkétolase (voie des pentoses phosphates).
  • Les personnes diabétiques présentent en moyenne des marqueurs de thiamine plus faibles, mais on ignore encore la part de la cause, de la conséquence, ou des deux (association n'est pas causalité).
  • Les preuves cliniques sont insuffisantes pour faire de la B1 un traitement de l'insulinorésistance : l'étude BOND (2026) n'a pas montré de bénéfice neurologique de la benfotiamine malgré la hausse des marqueurs de thiamine.
  • L'insuline aide le glucose à ENTRER dans la cellule ; la vitamine B1 aide la cellule à TRANSFORMER ce carburant en énergie — deux étapes distinctes de la santé métabolique.
  • La priorité en cas d'insulinorésistance reste : activité physique, masse musculaire, moins de sédentarité, alimentation adaptée, sommeil ; certaines situations (alcool, malabsorption, chirurgie bariatrique, dénutrition) exposent à un vrai risque de carence.
Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera

Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera

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Contenu informatif et de vulgarisation, rédigé et révisé par le Docteur Florian A. Vallecillo Cabrera. Il ne remplace pas une consultation médicale en présentiel ni un diagnostic individualisé.

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