Résistance aux antifongiques : terbinafine, azolés et dermatophytes émergents
Certains champignons résistent de plus en plus à la terbinafine et aux azolés. Trichophyton indotineae, Candida auris : ce que dit la science et comment limiter la résistance.

Doctor Florian A. Vallecillo Cabrera
Auteur

La résistance aux antifongiques progresse : la terbinafine (mutations SQLE) et les azolés perdent en efficacité, et des dermatophytes émergents comme Trichophyton indotineae provoquent des mycoses étendues. Un enjeu de santé publique reconnu par l'OMS. La grande majorité des mycoses restent curables : confirmation diagnostique et bon usage des antifongiques sont essentiels.
Résumé
Les infections à champignons (mycoses) sont fréquentes et, dans la grande majorité des cas, faciles à traiter. Mais depuis quelques années, les spécialistes observent un phénomène préoccupant : certains champignons deviennent résistants aux antifongiques, c'est-à-dire aux médicaments censés les éliminer.
Cette résistance touche à la fois les dermatophytes responsables des « teignes » de la peau et des ongles, et certaines levures. Elle rend les traitements plus longs, plus difficiles et parfois inefficaces.
Comprendre pourquoi elle apparaît permet aussi de savoir comment la limiter — et le rôle du patient y est essentiel.
Qu'est-ce que la résistance aux antifongiques ?
On parle de résistance lorsqu'un champignon continue de se développer malgré un traitement antifongique normalement efficace. Le médicament ne parvient plus à le détruire ni à stopper sa croissance.
Ce phénomène est bien connu pour les bactéries (résistance aux antibiotiques). Il est plus récent, mais en pleine expansion, pour les champignons. En 2022, l'Organisation mondiale de la santé a publié une première liste de « champignons prioritaires » afin d'alerter sur cette menace de santé publique.
Terbinafine : la résistance des dermatophytes
La terbinafine est le traitement de première intention de la plupart des mycoses de la peau et des ongles dues à des dermatophytes. Or, on décrit désormais des souches résistantes.
Cette résistance est liée à des mutations du gène de la squalène époxydase (SQLE), l'enzyme que la terbinafine est censée bloquer. Lorsque cette enzyme est modifiée, le médicament perd son efficacité. Concrètement, une teigne ou une onychomycose peut ne pas guérir malgré un traitement bien conduit.
Trichophyton indotineae : un dermatophyte émergent
Un champignon retient particulièrement l'attention : Trichophyton indotineae. Décrit d'abord en Asie du Sud, il s'est répandu dans de nombreux pays. Il provoque des mycoses très étendues, inflammatoires et récidivantes, souvent résistantes à la terbinafine.
Son émergence a été favorisée par l'usage massif et non contrôlé de crèmes associant un corticoïde et un antifongique, disponibles sans ordonnance dans certaines régions.
Azolés et Candida auris : une menace plus large
La résistance ne concerne pas que les dermatophytes. Les azolés (comme l'itraconazole ou le fluconazole), très utilisés contre les levures, voient également leur efficacité diminuer dans certaines situations.
Le cas le plus emblématique est celui de Candida auris, une levure multirésistante responsable d'infections graves en milieu hospitalier. Elle illustre à quel point la résistance aux antifongiques est devenue un enjeu mondial, bien au-delà des simples mycoses de la peau.
Pourquoi la résistance progresse-t-elle ?
Plusieurs facteurs se combinent :
- l'usage excessif ou inapproprié des antifongiques ;
- les crèmes associant corticoïde et antifongique, qui masquent l'infection et favorisent les rechutes ;
- les traitements interrompus trop tôt, qui laissent survivre les champignons les plus résistants ;
- l'automédication et les diagnostics non confirmés ;
- la mondialisation des échanges, qui facilite la diffusion des souches résistantes.
Quelles conséquences pour les patients ?
Une mycose résistante guérit plus lentement, nécessite parfois des traitements plus longs, à doses plus élevées, ou le recours à d'autres molécules. Dans le cas des ongles, cela peut signifier plusieurs mois supplémentaires de traitement.
C'est pourquoi, devant une mycose qui ne répond pas, il est utile de confirmer le diagnostic (prélèvement, culture, voire analyse moléculaire) et d'identifier précisément le champignon en cause.
Comment limiter la résistance ?
Le patient joue un rôle central :
- ne pas s'automédiquer avec des antifongiques ou des crèmes « corticoïde + antifongique » ;
- suivre le traitement pendant toute la durée prescrite, même si les lésions semblent guéries ;
- faire confirmer le diagnostic en cas de doute ou d'échec ;
- respecter les mesures d'hygiène pour éviter les réinfections.
Du côté médical, un usage raisonné des antifongiques et la confirmation microbiologique dans les cas difficiles sont essentiels.
L'analyse de Valorian
La résistance aux antifongiques est encore mal connue du grand public, alors qu'elle progresse rapidement. Elle ne doit pas être une source d'inquiétude excessive : la grande majorité des mycoses restent parfaitement curables. Mais elle rappelle une règle simple et fondamentale — un antifongique n'est pas un produit anodin.
Chez Clínica Valorian, nous privilégions une approche fondée sur la preuve : confirmer le diagnostic avant de traiter les cas complexes, éviter les associations corticoïde-antifongique inutiles, et accompagner le patient jusqu'à la fin du traitement. C'est la meilleure façon de préserver l'efficacité de ces médicaments pour l'avenir.
Niveau de preuve Valorian
Qualité des preuves : ★★★★☆ (4/5) — La résistance des dermatophytes et l'émergence de T. indotineae sont documentées par de nombreuses publications et par des organismes de référence (OMS, CDC).
Applicabilité clinique : ★★★★☆ (4/5) — Les conséquences pratiques (confirmation diagnostique, bon usage) sont directement utiles au quotidien.
Ampleur du phénomène : ★★★☆☆ (3/5) — La résistance progresse mais reste, pour l'instant, minoritaire dans la plupart des mycoses courantes.
Enjeu de santé publique : ★★★★★ (5/5) — L'OMS classe désormais plusieurs champignons parmi les pathogènes prioritaires : préserver l'efficacité des antifongiques est un objectif majeur.
À retenir
- ◆La résistance aux antifongiques progresse et touche les dermatophytes (peau, ongles) comme certaines levures.
- ◆La terbinafine, traitement de 1ʳᵉ intention, peut échouer en cas de mutations SQLE du champignon.
- ◆Trichophyton indotineae, dermatophyte émergent, provoque des mycoses étendues et résistantes.
- ◆Les crèmes associant corticoïde et antifongique et les traitements interrompus trop tôt favorisent la résistance.
- ◆La grande majorité des mycoses restent curables : confirmation diagnostique et bon usage des antifongiques sont essentiels.
Références
- World Health Organization (WHO). Fungal Priority Pathogens List. 2022.
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Trichophyton indotineae: an emerging antifungal-resistant dermatophyte.
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Candida auris.
- Gupta AK et al. Terbinafine resistance in dermatophytes and squalene epoxidase (SQLE) gene mutations.
- Verma SB et al. The emergence of recalcitrant dermatophytosis. British Journal of Dermatology.
- European Academy of Dermatology and Venereology (EADV). Statements on dermatophyte resistance.
- Fisher MC et al. Tackling the emerging threat of antifungal resistance. Nature Reviews Microbiology.
Questions fréquentes
Ma mycose ne guérit pas : est-ce forcément une résistance ?
Pas nécessairement. Un traitement mal suivi, une réinfection, un mauvais diagnostic ou une durée insuffisante sont plus fréquents. En cas de doute, un prélèvement permet de confirmer le champignon et sa sensibilité.
Les crèmes « corticoïde + antifongique » sont-elles dangereuses ?
Utilisées à tort et de façon prolongée, elles masquent l'infection, favorisent les rechutes et participent à l'émergence de souches résistantes. Elles ne doivent être utilisées que sur prescription et pour une indication précise.
Que faire si la terbinafine ne fonctionne pas ?
Le médecin peut confirmer le diagnostic par culture ou analyse moléculaire, puis changer d'antifongique (par exemple un azolé), ajuster la dose ou prolonger le traitement.
Peut-on éviter la résistance ?
En grande partie oui : ne pas s'automédiquer, terminer le traitement prescrit, faire confirmer le diagnostic dans les cas difficiles et respecter l'hygiène pour éviter les réinfections.






